MEMOIRES DE LA VIE MODERNE ET DU 7ème ART

MUSEE VIRTUEL

Cette collection de matériels hétéroclites n'a pas pour objectif de présenter des pièces de musée soigneusement alignées dans une vitrine, mais de montrer simplement aux visiteurs des témoins de la vie moderne, ustensiles outils de travail ou de loisirs… dont certains par désuétude ont disparu de notre univers. Avec certains d'entre eux, on verra apparaître le" mode d'emploi" pour rappeler le savoir-faire de l'époque.
Ce musée virtuel présente des matériels appartenant à divers collectionneurs qui ontaccepté de "prêter" le temps d'une image et de quelques commentaires les objets qu'ils désiraient mettre en valeur lors une présentation immatérielle par l'intermédiaire de ce site.
Si vous aussi vous possédez dans votre cave ou dans votre grenier un objet, un outil, une machine représentant à vos yeux une valeur même que sentimentale et que vous voulez la partager parce qu'elle est représentative d'une époque ou d'un métier oublié, prenez contact avec nous.

PRESENTATION

Origines de l'association.

L'association a pour but de rechercher et de préserver les mémoires et savoir-faire, de collecter, grouper, restaurer, présenter et mettre en valeur les réalisations technique de l'ère moderne concernant : la photographie, le cinéma, les appareils domestiques électriques ou non, de la vie quotidienne depuis l'avènement de l'électricité dans les Cévennes, les techniques de l'informatique et des communications.

Créée le 7 octobre 2000, l'association Mémoires de la Vie Moderne et du 7ème Art est la concrétisation d'une volonté de sauvegarde d'un patrimoine local constitué de matériels divers de cinéma 8, 9,5, 16, 35mm, de postes de radio depuis le poste à galène jusqu'au premières télévisions, de machines domestiques réfrigérateurs, machines à laver, fers à repasser ainsi que quantité de pièces correspondant à l'arrivée de l'électricité dans les campagnes et l'explosion de la vie moderne.

Petite histoire.

On ne peut pas évoquer l'association sans parler de Germain Restouble, électricien (né le 16 aout 1903 à Saumane petite commune près de Saint Jean du Gard résidant rue Neuve à Anduze, ancien propriétaire du cinéma REX. Cet homme avait durant toute sa vie professionnelle (qui fut très longue car à 85 ans il effectuait encore des réparations chez ses ancien clients), avait récupéré une grande partie des appareils qu'il avait auparavant vendus dans la région d'Anduze. Ainsi dans les nombreux entrepôts qu'il utilisait, on pouvait retrouver la première machine à laver "Gyratomic" Thomson, le premier "Frigidaire". Comme il était méticuleux dans le travail, il conservait tous les carnets des différentes installations électriques réalisées dans "les écarts" autour d'Anduze ainsi que la liste des appareils vendus et le nom des acheteurs ainsi pour chaque appareil récupéré il était possible de lui attribuer le nom de son premier propriétaire.

Par ailleurs Germain Restouble était collectionneur de matériel photographique et cinématographique, il vendait des appareils neufs pour acheter des vieux. Dans la boutique qu'il louait rue Neuve (ancienne étude d'huissier Maître Toussain, devenue un fast-food), il avait exposé quantité de projecteurs de ciné 8 et 9,5 mm, phonographes et tourne disques, chrono de cinéma 35mm et postes de radio. Ce capharnaüm était sa vie. L'été, nombreux étaient les curieux qui venaient se renseigner sur tel ou tel appareil.

Germain Restouble.

C'est en octobre 1973 que j'ai fait la connaissance de Germain Restouble. Au fil du temps, j'ai appris à connaître l'homme.
Peu expansif, il parlait rarement de lui. C'était un excellent vendeur mais un piètre banquier. Nombreux sont les clients qui sont venus lui réclamer la facture d'un réfrigérateur ou d'une installation et qui ne l'ont jamais eue. "Ça fera tant" disait-il et on lui donnait le chèque correspondant. Certains en ont un peu profité, mais il savait qui, lui devait de l'argent. C'était un "réboussier" habitué à vivre seul. Pourtant, parmi celles qui ont croisé sa vie, Fernande a compté plus que les autres et sa disparition a provoqué une cassure dans la vie de l'homme. Persuadé qu'elle était décédée par la faute des médecins, il n'avait de cesse à rechercher les arguments qui étaieraient sa thèse. Toujours, il pensait que le monde lui en voulait. C'était une petite paranoïa qui le persécutait. Il faut dire qu'il avait une aptitude très personnelle pour se mettre dans des situations délicates, mais d'un autre point de vue la fin de sa vie a été parsemée d'embuches de tous genres.
En 1958, les inondations lui emportent un lot de machines à laver dans un de ses entrepôts. Dans les années 60, la maison Gras dans laquelle il avait son magasin en haut du Plan de Brie (actuellement salon de coiffure) s'effondre. Avec elle, c'est un pan de vie qui disparaît. Il est relogé par la commune et son bric à bric-à-brac est dispersé dans différents points de la ville. Il y en avait un peu partout. Dans son magasin en bas du plan de brie à côté de la station d'essence (maintenant Crédit Agricole), dans un étage des anciennes écoles (bâtiment disparu place du Grand Foirail), dans un hangar au fond de la petite cour au début de la rue neuve, dans une cave dans la ruelle entre la rue Neuve et la rue Bouquerie, dans deux étages du bâtiment du temple rue du Luxembourg.
Dans les années 70, le bâtiment en bas du plan de brie est rasé pour permettre la construction du nouveau Crédit Agricole. Germain est expulsé sans grande indemnité ne pouvant faire valoir que ce magasin est le siège de son activité principale. Le matériel est déplacé dans divers points de la ville dont un hangar prêté par la commune rue Sonnerie (actuellement CCAS). Depuis son PC installé dans la rue Neuve (maison Villaret) qu'il partage avec Mme Fernande Robert. A plus de 70 ans il continue à bricoler, et le nombre d'ouvriers qui comme moi ont travaillé pour lui, reste impressionnant.
L'homme était fascinant et mystérieux. Il avait vécu toutes les belles années du début de l'industrialisation. Il avait réalisé des dizaines d'installations électriques dans toute la région d'Anduze. Tous ces travaux étaient soigneusement consignés dans des petits carnets où chaque ouvrier inscrivait le temps passé et le matériel installé. Chaque poste de radio, puis de télévision, chaque machine à laver, réfrigérateur, avait sa trace dans ses cahiers. Lorsqu'il récupérait auprès de leurs propriétaires, les premiers appareils vendus, toute cette mémoire était disponible. On parlerait maintenant de traçabilité. C'est donc un patrimoine culturel, économique, et humain qui était stocké dans ses archives. J'ai personnellement travaillé avec lui pour répertorier les factures impayées et j'avais trouvé impressionnante la valeur de ces documents. Il avait connu les filatures du plan de Brie, le démarrage de l'entreprise Furnon place couverte.
Dans Anduze, il était propriétaire de quelques bâtisses. Une grande maison rue Gaussorgues, une autre rue Basse, un pavillon de chasse dans la montée des Escalades et un petit mas à Boisset. Seule difficulté : il était incapable de financer l'entretien de tous ces bâtiments. Rue Gaussorgues, menaçant ruine, une partie de la maison a été rasée par la commune, la seconde partie fut rasée après son décès pour la même raison. Par besoin financier, il vendit Boisset puis la rue Basse puis le pavillon des escalades dans lequel il aimait passer les après-midi d'été.
Il lui restait le cinéma REX. Pourquoi REX ? Parce qu'il aurait aimé l'appeler le "Rextouble" mais le nom a été refusé alors ce fut Rex tout court. Son cinéma auquel il était particulièrement attaché, fit les beaux dimanches d'Anduze. Dans les années 50, la télévision n'était pas présente et le ciné était la distraction principale. Le film qui avait fait le plus de recettes fut "Les dix commandements" aimait-il rappeler. Il avait démarré l'exploitation à l'époque des films en acétate où on devait surveiller la projection avec attention. A la première cassure dans la fenêtre, le film s'enflammait comme une torche et il fallait être prompt à couper la pellicule avant que la bobine entière ne disparaisse en fumée. C'est pour cette raison à l'époque que de nombreuses sautes d'image apparaissaient à l'écran. C'est vers la fin des années 60 que l'exploitation s'est arrêtée. Mr Restouble en voulait un peu au maire de l'époque le Dr Vallès pour lui avoir fait fermer le cinéma. En fait c'est la commission technique de sécurité qui en raison de l'évolution des normes avait émis un avis pour la mise en conformité des aménagements. Mais, considérant que le cinéma répondait déjà aux normes, Germain ne voulut pas faire d'effort pour se conformer aux nouvelles et il ne fit pas l'effort pour ré-ouvrir, ce qui tout compte fait fournissait une raison officielle alors que la motivation baissait un peu. Le Rex travaillait en binôme avec le cinéma de St Jean. Les films étaient projetés chez l'un puis chez l'autre alternativement cela permettait de passer deux films dans la même semaine. Les projectionnistes allaient jusqu'au pont de Salindres à mi-chemin entre St. Jean du Gard et Anduze où ils échangeaient les bobines.
Depuis la fermeture, plus rien n'avait changé dans le bâtiment du cinéma dont la scène était couverte de matériel déposés lors des expulsions successives des locaux municipaux, du magasin, des appartements du presbytère.

Comme j'étais passionné de cinéma, pas de culture cinématographique mais de technique, j'ai insisté auprès du propriétaire pour relancer le cinéma. En 1973 c'était jouable, l'idée était de faire des séries par acteur (idée mise en place quelques temps plus tard à la télévision). Tout d'abord, il était nécessaire de rencontrer le Maire (le Dr Vallès) pour d'une part connaître son avis sur la réouverture et d'autre part lui demander l'autorisation d'ouvrir une issue de secours sur le parc des Cordeliers situé juste derrière le cinéma. La réponse fut positive pour les deux points. Maintenant, il fallait s'occuper du bâtiment. L'état de la toiture de la salle était correct mais celle de la remise où se trouvait la cabine, était en mauvais état. Un poutre faitière avait pris l'eau et menaçait de se rompre. La gouttière qui en résultait tombait sur la cabine de projection. J'ai fabriqué une contre-fiche métallique pour renforcer et refait l'étanchéité. Ensuite rangé un peu tous le fatras de matériel : une vieille estrade qui servait aux spectacles dans le parc des Cordeliers, une vieille Matis des années 20, deux "deux chevaux" 1950 et des tas de bricoles en tous genres. La scène encombrée de matériel fut aussi déblayée, et le matériel déposé dans l'appartement du rez de chaussée de l'immeuble côté avenue Rollin loué pas cher car sans visibilité côté cour à cause du mur du cinéma. Dans cet appartement étaient stockés des amplis et des appareils de projection. Une fois place nette, c'est à la salle que je m'attaquai. Dépose des tentures en plastique, dépose d'une partie des vieux sièges en bois recouverts de velours et réfection des enduits des murs côté entrée. Et de l'éclairage de la salle. Puis ce fut le tour de la cabine. Sortir les vieux projecteurs, agrandir par l'arrière avec l'aide d'un collègue artisan maçon, refaire l'armoire de commande, mettre en place les projecteurs plus récents refaire la sonorisation. Une fois le hall d'entrée refait, j'avais passé au total 200 heures de travail seul ou presque, les samedis et dimanches, les soirs et les jours fériés. Germain réglait l'achat des sacs de ciment et de plâtre à l'entreprise Gascuel voisine du cinéma, les frais n'étaient pas énormes. On se mit en quête de nouveaux sièges et une centaine de fauteuils furent achetés lors de la transformation en double salle du cinéma "Capitole" à Alès. Une fois tout en place, il fallait avoir l'avis de la commission de sécurité pour connaître les investissements à faire pour obtenir une autorisation d'ouverture et ensuite se réintroduire dans une chaine de distribution peut être avec les cinés d'Alès et une fois démarré, envisager le remplacement des projecteurs et de la sonorisation par des appareils modernes.

Je proposais en 1975 à Germain Restouble un projet de contrat pour sécuriser de part et d'autre notre accord. Germain Restouble trouva de nombreux prétextes pour ne pas avancer dans les démarches. Après six mois de temps perdus, à regret, la mort dans l'âme, j'abandonnais le projet et tout le travail réalisé.

Vingt ans plus tard, en juin 1993, Germain m'appelait au téléphone :
"Je vous appelle car je sais que vous tenez au cinéma et j'aimerai vous montrer quelque chose et que vous me donniez un coup de main".
Rendez-vous pris, le lendemain, sous la pluie, je rejoignais Germain Restouble, devant cette grille verte que j'avais tant de fois ouverte. Derrière elle, un amoncellement de matériels empéchait tout passage. Tant bien que mal on se fraya un chemin pour atteindre la cour et entrer dans la salle par le fond. Le bacon s'était effondré sur les sièges et tenait par des étais de maçon,une partie de la toiture du hangar à l'arrière de la salle du cinéma, regardait les étoiles. Il faut la refaire entièrement. Germain me dit qu'il ne pouvait financer de travaux. Dans la cabine de projection, c'était le désastre. La fuite de la faîtière s'était reformée et l'eau avait fait des ravages. L'armoire électrique était complètement pourrie, l'ampli son avait disparu. Les deux projecteurs que j'avais tant bichonnés étaient rouges de rouille. Les chronos ne tournaient plus. Quel gâchis.

Mon travail m'empéchait de me libérer et je venais régulèrement m'entretenir avec Germain sur l'idée d'une association afin de mettre en valeur tout ce qu'il avait emmagasiné en appareils de toutes sortes dans la première pièce de son appartement rue Neuve et dans le local qu'il louait en face, étaient présentées des dizaines d'appareils. L'idée de création d'une association lui plaisait et Association du 7ème art lui allait bien. Il créa une affiche qu'il mit en place dans la vitrine du magasin de la rue neuve. A cette idée, il retrouva un entrain qui le faisait rajeunir. Un article dans midi libre lui rendit honneur en janvier 1997.

En mai 1997, l'état de la toiture se détériore, dans la cabine, on entreprend de protéger sur place les projecteurs. Avec l'aide d'un ami, on dépose les chronos et on nettoie les pieds. En raison de l'évolution de la technologie, ce sont des pièces de musée que nous sauvons. C'est le 9 mai que nous créons des statuts de l'association mais Germain Restouble ne veut pas être dans le Conseil d'Administration. Pendant trois ans, par étapes, nous envisageons le déplacement de tout le matériel. Le 2 septembre 2000 Germain donne par un acte sous seing privé l'ensemble de son matériel à l'association en création. Pour valoriser l'ensemble du travail représenté par 80 années professionnelles, nous décidons de l'appeler "Mémoires de la vie moderne et du 7 ème art". Mémoires pour tout le patrimoine inscrit dans les registres de Germain et pour le rappel des savoirs faire. De la vie moderne, pour parler de tous les appareils de la vie courante depuis l'arrivée de l'électricité. Du 7 ème art pour tout ce qui concerne le cinéma.
Seulement Germain est très faible et se nourrit peu. Le 6 septembre, le service de portage des repas à domicile le découvre à terre dans sa cuisine et appelle la mairie. Germain est hospitalisé. Les statuts de l'association sont déposés le 8 septembre. Le 10 septembre à l'hôpital, il tombe de son lit et se brise le col du fémur. Le délabrement de son état physique et cardiaque empêche toute intervention. Il doit retrouver des forces avant tout. Les visites que je fais à son chevet me laissent penser qu'il aura du mal à se remettre. Le 17 octobre il s'éteint à l'âge de 97 ans. Il n'y aura qu'une dizaine d'Anduziens à ses obsèques, lui qui était si populaire et qui, en regardant bien, avait beaucoup fait pour le bien de sa ville,comme exemple, durant les inondations de 1958, il avait de sa propre initiative travaillé au rétablissement du système de distribution de l'eau potable.

Pour l'association, c'est le début des difficultés pour sauver le matériel. Visite chez le Maire, chez le notaire, contact des héritiers. Tous promettent de faire au mieux mais se renvoient la balle. Le Maire attend la décision du notaire, les héritiers attendent le point de vue du notaire. Celui-ci récuse la donation signée de Germain Restouble envers l'association en raison de la forme dactylographiée de l'acte. L'ensemble du matériel sera donc englobé dans la succession. Les héritiers s'en tiendront aux dires du Notaire et du Maire. La situation financière de feu Germain Restouble n'étant pas brillante, ils refusent la succession.
C'est la commune qui couvre les frais et qui devient propriétaire des biens. Lors d'un rendez-vous, le Maire m'informe que la maison de Germain a été "visitée" et beaucoup de choses avaient disparu. Il promit aussi que le cinéma serait transformé en salle de réunion et d'exposition qui serait appelée "Salle Germain Restouble". C'est l'Hôtel des finances qui occupe l'emplacement. Germain doit se retourner dans sa tombe, lui qui n'aimait pas trop le percepteur.
Les archives de Germain furent cédées à un brocanteur, quant au matériel ? J'ai retrouvé la trace d'un amplificateur chez un collectionneur de la région. Le reste s'est évaporé pour l'association. La collection d'affiches d'époque est conservée dans les archives de la Mairie d'Anduze qui par ailleurs est restée très discrète au sujet du matériel acquis lors de la succession Germain Restouble.

 

L'association maintenant.

L'association a continué le travail commencé par Germain Restouble sans son matériel et récupère tout ce qui concerne le cinéma, la photographie, la vie courante et les moyens modernes de communication pour les restaurer ou les maintenir en état de fonctionnement. Un nombre importanat de pièces est mis en réserve lesquels seront présentés dans un site musée actuellement en cours de construction. Par ailleurs par son action de promotion et de préservation des savoirs faire, l'association gère le site internet devenu site officiel de la commune de Mialet "MIALET.NET" ainsi que le site d'informations locales "MIALET.INFO".

Drant l'été de 2009 à 2012, l'association en collaboration avec la commune de Mialet a élaboré et animé un jeu de découverte du patrimoine local ouvert à tous locaux ou vacanciers. il consistait en se promenant à pied, à rechercher des indices permettant de répondre à des questions concernant le village. Quelques temps plus tard, l'agglomération du Grand'Alès dans son raid Audace en famille utilisa le même concept.

Quelques matériels recupérés et restaurés sont présentés dans les pages Musée de ce site.